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 Une fenêtre sur les ombres [Un couloir du palais]

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Pan
Démon
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Date d'inscription : 14/10/2006

MessageSujet: Une fenêtre sur les ombres [Un couloir du palais]   Dim 15 Oct - 4:16

L’homme qui a vu le Soleil se coucher le remplace par un flambeau, dit-on. Et comme ils étaient innombrables en Enfer. Il en voyait les miroitements se mouvant au fil des sombres rues de Styrae, apparaissant, disparaissant, comme une gigantesque danse qui ravissait sa vue, un spectacle qui lui était offert en toute… innocence ? Non pas de ça ici, voyons. Ignorance peut être. Inconscience ? Qu’importe au fond, l’effet en était magnifique. Anonymes, éphémères, inconscients : dansez phalènes, papillons de nuit, jusqu’à ce qu’elle vous avale. Chassez, fuyez, que l’oubli ne vous perde, que l’ennui ne vous atteigne ni ne vous rattrape avant le néant. Aimez, tuez phalènes, que vos flambeaux valsent et tournent et m’hypnotisent de leur surprenante langueur…

Oui Pan se sentait d’humeur poète. Les yeux perdus dans l’immensité de la capitale qui s’étalait sous ses yeux, lui perché sur les genoux d’une des deux hautes statues de diorite qui gardait la large fenêtre donnant sur le palais, en une position toute laissée-aller, il rêvassait, sortant progressivement du sommeil dans lequel il s’était abandonné ici quelques heures plus tôt, finalement vaincu par une délicieuse fatigue. Ah il aimait ce genre de moments irréels où Morphée vous retient encore mais où son étreinte se fait plus faible, où des bribes de rêves se mêlent à la réalité, où le corps est engourdi et les sens déformés, où l’on est plus sûr que ses souvenirs ne sont pas des songes et ses songes des souvenirs.

Le vent se leva et souleva les mèches de cheveux rouges qui n’étaient pas emprisonnées dans la lourde tresse qui courait le long de son dos jusqu’à se nicher au creux de ses reins, tranchant par sa couleur flamboyante la noirceur du tissu dont il était habillé. Jusqu’ici reposant sur son ventre, une main sous sa joue l’ayant quasiment fait ressembler à un enfant durant son sommeil, Pan se redressa gracieusement, calant son dos contre le solide torse de pierre noire scintillante, les jambes repliées contre lui. Ses doigts marquaient la mesure d’une musique inaudible du claquement sec des ongles sur la surface taillée. Il aimait à jouer de la musique. Mais l’idée de se détourner du spectacle pour chercher un instrument, ou de simplement ne plus lui accorder toute son attention pour en donner à la mélodie lui apparaissait comme une bêtise. C’était si rare que l’Enfer lui paraisse envoûtant. Et c’était en partie pourquoi il aimait cette place. Chacun savait qu’il aimait à y contempler la capitale. Chacun savait aussi que ce n’était certainement pas l’endroit où le déranger à moins de vouloir révéler ses plus mauvais penchants.

Que vos flambeaux valsent et tournent et m’hypnotisent de leur surprenante langueur…

Encore un peu. Il serait toujours temps ensuite de reprendre le cours de l’histoire où il l’avait laissé. Reprendre son rôle, choisir des masques, entrer dans la danse qui se déroulait en bas, sans qu’ils ne voient en lui l’intrus qu’il était. Quel dommage qu’on ne puisse mettre les villes dans un bocal de cristal, songea-t-il. Assez petit pour être facile à transporter, qu’on puisse sortir et admirer à l’envie. De toute manière, quelle différence cela ferait pour ses habitants ? Et s’il y en avait une, qu’en aurait-il à faire ? Ah la question ne se posait pas. Mais tout de même. On enfermait bien les oiseaux, les insectes pour les admirer, et lui en avait fait de même pour certains de ce qu’il considérait comme les plus beaux spécimens humains. Alors pourquoi pas des villes entières, un jour ? Seule la Nature était trop vaste, trop complexe, trop changeante, trop illogique et trop sauvage pour pouvoir être fixée à jamais dans un cadre. C’était, après tout, ce qui faisait en grande partie son charme.
Les longues chasses sous la lune lui manquaient.

Pan avait alors une attitude abandonnée contre la statue qui n’aurait pas déparé s’il avait été avec un amant. La chasse. La chasse à la chaire, la chasse au sang, la chasse pour le plaisir, et celle pour la douleur. Ah il n’y a pas de lune ce soir. Tant pis les ombres changeront la donne. Izual, Amon, Baal.
Ils étaient trois sur le coffre à l’homme mort, et yo ho ho ho et une bouteille de rhum.
S’enivrer pourrait être agréable voilà longtemps qu’il ne s’était laissé aller à l’alcool.
Ils étaient deux sur le coffre à l’homme mort, et yo ho ho ho et une bouteille de rhum.
Les marins chantaient le pouvoir du pouvoir. Et les têtes tombaient.
Il était seul sur le coffre à l’homme mort, et yo ho ho ho et une bouteille de rhum.
Des trois premiers, Pan aurait aimé savoir quel serait le nom de l’ultime survivant.
Et la mort le prit quand la dernière goutte de rhum tomba dans son gosier.
L’homme mort devait en avoir les côtes tremblantes à force d’en rire.

Le sourire de Pan avait quelque chose de fou.


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Soal
Ange Déchu
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MessageSujet: Re: Une fenêtre sur les ombres [Un couloir du palais]   Jeu 19 Oct - 6:46

Rondes infinies, cercles sacrés que seules les étoiles d'un ciel mort comme celui ci pouvait dessiner. Juste le silence amer et sucré des pas d'un être qui avançait sur le sol, mais l'esprit si loin de cette terre ferme béante et suintante comme une plaie infectée qui tout les jours s'ouvrirait de nouveau. Ho non, il n'y avait aucune beauté en ces lieux, juste la souffrance sur tout les murs, juste ses ongles qui glissaient sur le bois, fendant jusqu'au coeur la moindre petite faille et qui laissait ces torches chuter au sol dans un bruit de flammes ardentes. Feu de l'enfer, qu'un regard aussi sombre que la mort épiait quelques temps, se délectant de les voir mourir, ainsi assassiné par ce contact avec un sol si froid.

Que tous meurent et abjurent dans une mort d'une surprenante longueur.

Accroupie, les mains posées au sol pour maintenant un équilibre précaire, simplement un regard malsain sur ces flammes. Elle leva ses doigts, muant ses articulations en fils arachnéens pour venir danser au dessus du foyer mourant. L'ombre glissa doucement vers les flammes qui se lovèrent autour de ses doigts, dans une pathétique chance de trouver un nouveau combustible, une nouvelle naissance. Mais elle n'avait déjà que trop noyé la nuit dans sa lueur obscène que personne ne souhaitait. L'ombre serra le poing et la ruelle fut plongée dans un noir absolu.

Soal sourit, ha que mal y fait, que la nuit devenait belle quand ses yeux se levaient vers elle, impudents spectateurs d'un ciel qui semblait lui même lassé d'être ici. Tout ces lieux étaient si laids, tout étaient si imparfaits, il n'y avait aucune comparaison avec le paradis. Mais depuis tant d'année, la beauté était devenue une chose que l'ange aux ailes ardentes haïssait comme si eu s'agit de la pire des vilenies. Cette perfection, ces choses si belles n'avaient aucune saveur, toutes si semblables et l'ange ne voyait plus la beauté que dans la laideur, dans ces choses imparfaites qui étaient réellement la représentation de ce monde si faillible.

Mais voila déjà que son regard de jais se détournait du ciel rouge de carmin et qu'il allait se noyer dans l'horizon absolu. Le Palais d'Izual était une chose magnifique, quelque chose dont on ne tirait pas le sens immédiatement mais dont la puissance n'était pas contestable. Du moins c'est que Soal, la déchue, avait toujours pensé depuis près de 1500 ans.

Le tic tac repris, long métronome des heures défilantes, pendule acéré dont il suffirait de tendre la main pour le faire taire. Mais qui oserait ainsi stopper la marche du temps qui se compte inlassablement. La question était surtout, comment réagiraient les autres en sachant qu'égoïstement une créature avait suspendu le cours de Chronos pour ne laisser qu'une éternité fade et sans goût. Oui la vie aussi était tellement belle car elle possédait ce bien précieux défaut : la mort.

L'ange levait toujours les yeux, détaillant d'un visage impassible les façades du Palais pour y découvrir une flamme vive. Une flamme ? Non, cela n'en avait pas le mouvement. Niché sur la statue, cette lueur rouge, qu'étais-ce ? Accélérant son temps, Soal se rapprocha davantage, levant toujours les yeux. Ho une personne, un vivant ? Un démon ? Nonchalamment étendu sur les genoux d'un colosse de Styrae qui montait la garde d'un air mauvais. Nouveau sourire aux dents carnassières, Soal quitta cette silhouette distante pour s'enfoncer dans les boyaux du Palais. Il lui avait toujours semblé que les lieux avaient cette volonté propre, elle sentait pulser le coeur de pierre sous ses doigts qui parcouraient les aspérités de la roche qui formait le ventre du dragon infernal. Peu importe, contournant par l'intérieur et échappant au regard accusateur du colosse, elle arriva cependant bien rapidement au niveau des genoux de ce dernier, là où était étendu l'être. Être qui ne resta pas bien longtemps mystérieux, Soal reconnu en cette chevelure rouge l'incarnation de Pan, l'incube lieutenant. Il était tellement rare de croiser de telles personnalités dans ce monde où elle était le papillon rattrapé par la nuit mais qui avait la force d'embraser ses ailes pour faire mourir le feu.

Enlevant ses chaussures dotées de talon claquant, dans un soucis de silence respectueux, elle s'approcha du plus possible de l'incube, l'abordant avec un regard hésitant entre le respect et l'amusement.

Il me semble que peu de personne ont eu le plaisir de contempler ainsi notre belle capitale, est ce la raison d'un sourire si énigmatique monsieur l'incube Pan ?

Elle parlait comme une enfant qui s'interroge sur une leçon bien étrange. D'ailleurs, réellement, n'est ce pas le cas ?
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Pan
Démon
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MessageSujet: Re: Une fenêtre sur les ombres [Un couloir du palais]   Jeu 19 Oct - 13:39

Voix de femme, ton d’enfant, elle parlait comme les créatures qui ont tour à tour le plus irrité et le plus attendri les hommes. Mais bien que seule son apparence eut pu lui conférer un peu d’humanité, c’est l’irritation qui l’emporta sans difficulté dans les pensées étranges de Pan. S’il avait pu avoir le plaisir de flatter un instant son propre orgueil en s’imaginant divinité omnisciente, capable de saisir les Enfers dans leurs entiers, celui-ci venait d’éclater comme un ballon qu’on a trop gonflé. Aussi fantasque qu’il était, il songea malgré tout avec un amusement déplacé, puisque nuisant à l’intégrité de son irritation, qu’il devait être extrêmement doué pour être capable de se plonger seul, sans aide extérieure dans un état de bien-être content de soi et de sa force qui nécessitait pour l’écrasante majorité des êtres conscients de prendre de la drogue.

Ainsi son sourire n’eut même pas le temps de disparaître complètement en une brève moue agacée, que ses lèvres s’étiraient déjà de nouveau bien que ne daignant pas découvrir ses dents et il tourna élégamment la tête vers l’origine de cette voix inopportune, avec un peu trop de bonne grâce d’ailleurs pour que la sincérité de ses bons sentiments ne puisse être mise en doute. Un sourcil levé, son regard abaissé du haut de son perchoir s’adonna à faire le détail de la créature qui bouleversait ses songes.

*Alors, alors, qu’avons-nous là. Un ange déchu ? Un autre. Femme, homme ? Les deux ? Peux-tu offrir autant de plaisir que les deux réunis ? Aspect malsain… Donc délicieusement obscène… Petite chose qui me dérange dans ma petitesse grandissante, ma grandeur rapetissante. Ah, jeu de mots stupide, facile. Tu ne m’inspires pas dans ce domaine-là ma foi, les mots n’ont pas l’air d’être ce qui te plait, mais… et pour les autres... Qu’est-ce que ça peut bien te faire d’ailleurs, reprenons. Charme de la décadence. Pas mal. J’aimerais savoir l’effet que ça fait de toucher ces ailes décrépies. Poussière, cendre… Hmpf, inutile d’aller plus loin. Un autre produit des Enfers pour ce qui est du corps. Et pour ce qui est de l’esprit ? Surprends-moi, surprends-moi.*

Son examen fini, Pan condescendit enfin à répondre à la question qui lui avait été posée. Plus que jamais il avait l’air d’un pacha, un sultan trônant pompeusement, bouffi de son importance, comme les chats oubliant avoir dormi dans une position indécente quelques secondes plus tôt ou avoir eu une crise de folie spectaculaire. Et pourtant le pincement à la commissure de ses jolies lèvres trahissait discrètement l’autodérision dont il faisait preuve au fond. Mais il choisissait une foi de plus un masque. Qui aurait l’intelligence de voir que la personnalité derrière se dévoilait toujours un peu pour les yeux avertis.
Et bien entendu, peut être un peu pour se venger du dérangement, Pan répondit complètement à côté du sujet :


« Alice aurait pu demander quelque chose de similaire au chat du Cheshire alors qu’il aurait été perché sur sa branche. Quelque chose comme : (il prit le temps d’une question un ton semblable à celui qu’elle avait utilisé un peu plus tôt) il me semble que peu de personnes ont eu le plaisir de contempler ainsi le Pays des Merveilles, est-ce la raison d’un sourire si énigmatique monsieur le chat ? Bien sûr elle ne pouvait pas savoir en arrivant que tous les habitants de ce pays étaient fous. Pauvre enfant. »

Son regard se perdit de nouveau dans la danse des points lumineux en bas, se détournant d’elle. Mais il reprit bien vite, le léger sourire, devenant franchement moqueur, toujours bien accroché à sa bouche :

« Le plus amusant est que tout se déroulait dans sa tête et qu’en réalité elle était la première des fous. Mais je me serais volontiers incliné devant telle reine, avec plaisir. Connais-tu son histoire ? Des symboles partout, les alchimistes, les férus d’ésotérisme, les littéraires et tant d’autres se sont creusé les méninges dessus, à s’en arracher les cheveux pour les plus illuminés. Certains ont même prétendu que le chat était le symbole de la tentation, qu’il était l’homme mûr prêt à débaucher la « jeune fille pure et vierge » »

Son rire éclata trahissant tout ce qu’il pouvait trouver de ridicule, de drôle, de bouffon, de grotesque, parfois de bien-vu ou de plus simplement amusant à l’analyse de ce conte ou au conte lui-même. Autant dire qu’il en raffolait de ces grandes explications, qu’il adorait les mésaventures de la gamine perdue dans son propre rêve.
Pan tourna de nouveau la tête et le regard vers son interlocutrice, changeant quelque peu de position, une main sous menton et une lueur curieuse et enjouée au fond des prunelles.


« Penses-tu que je sois fou, chère Alice ? »

Pauvre Alice tombée au fin fond du trou du lapin blanc.
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